Se serrer la ceinture pour la Grande Vitesse

rigueurPour le président de la république comme pour son Premier ministre qui présentaient ce mercredi 17 avril leur programme de stabilité financière destinée à la Commission européenne, la France n'a pas d'autres choix politiques que le "sérieux budgétaire" et "la réduction des déficits publics".

6 Milliards € supplémentaires d’effort !

La France, qui espérait avoir tourné la page des hausses d'impôts, reconnaît qu'un "effort important sera encore nécessaire" en 2014. Elle promet qu'il portera à 70% sur des économies de dépenses et à 30% sur les recettes, l'inverse de ce qui a été fait en 2013. Quelque 6 milliards d'euros de recettes supplémentaires seront nécessaires l'année prochaine

La politique de rigueur touchera donc les ménages français, mais le gouvernement donne le feu vert pour les énormes gaspillages de finances publiques dans des projets pharaoniques et inutiles

11 Milliards €, c’est ce que compte dépenser la France pour réaliser le projet LGV Lyon Turin

Relier Lyon et Turin en deux heures, une belle idée… au coût pharaonique de 26 milliards d’euros ! C’est pourtant bien ce que comptent dépenser les gouvernements français et italien pour creuser une ligne à grande vitesse sous les Alpes. Prévisions de trafic marchandises à la baisse, conflits d’intérêts, perte de foncier agricole, absence de débats publics, pollutions de la vallée de l’Isère et de la Maurienne... Les opposants dénoncent un « grand projet d’inutilité publique ».

1er août 2013, la Cour des comptes avait déploré le «pilotage insuffisant» du projet Lyon-Turin et sa «faible rentabilité socio-économique»,avec des coûts prévisionnels «en forte augmentation» et des prévisions de trafic «revues à la baisse». Elle recommande «de ne pas fermer trop rapidement l’alternative consistant à améliorer la ligne existante».

26,1 milliards d’euros, c’est le prix prévisionnel de la LGV Lyon-Turin, qui doit faire gagner une heure et demie de trajet entre les deux villes. Le projet avait été chiffré à 12 milliards d’euros par ses concepteurs.

Libération

hollandeparanormalLe coût de la seule partie française serait supérieur à 11 milliards d’euros, soit l’équivalent des prévisions du déficit de la Sécurité sociale en 2013. La Cour des comptes prévoit une réévaluation, car ce budget ne prend pas en compte les difficultés géologiques, révélées par les premiers forages. Plus grave : « Les données disponibles concernant le projet ferroviaire Lyon-Turin ont difficilement permis d’apprécier l’évolution des coûts », relève la Cour des comptes.

Plus de dix millions d’euros auraient été versés pour le creusement de la galerie de Venaus qui n’a jamais vu le jour, pointe l’hebdomadaire Politis. Une illustration de la gestion douteuse du projet par son maître d’ouvrage, la société Lyon-Turin Ferroviaire.


Malgré les réserves de la cour des comptes, Jean-Marc Ayrault persiste et signe.

Dans sa réponse à la Cour des comptes, datée du 8 octobre, il réaffirme la volonté du gouvernement de réaliser le tronçon de ligne grande vitesse. Il reconnaît pourtant que « le budget nécessaire à la réalisation de ce grand projet est considérable, spécialement à un moment où le niveau des dépenses publiques doit être maîtrisé. En conséquence, une participation importante de l’Union Européenne au financement du projet est indispensable ». La participation financière européenne dépend du futur budget européen 2014-2020. Parallèlement, l’Élysée envisagerait un recours aux crédits de la Banque européenne d’investissement et à des emprunts obligataires. Bref, s’endetter davantage dans le seul but de relier Lyon et Turin en 2h...

François Hollande garde le cap … du gaspillage à grande vitesse de nos finances publiques

Malgré le manque de crédibilité économique de ce projet, la gravité de la crise économique en France, et en Europe, le 3 décembre dernier, François Hollande et Mario Monti donnaient une nouvelle impulsion à la ligne grande vitesse Lyon-Turin, s'accordant sur les participations de leurs pays pour la partie transfrontalière du projet  : 2,9 milliards pour l'Italie, 2,2 milliards pour la France. L'un et l'autre s'entendaient aussi sur un point : l'Europe doit payer. 40% du tunnel transfrontalier selon eux, soit 3,4 milliards d'euros.

Pour certains, la proportion paraissait déjà haute en décembre dernier. Ne l'est-elle pas encore plus, à présent que le Conseil européen a décidé de diminuer - pour la première fois de son histoire - le budget de l'Union européenne pour la période 2014-2020, à 960 milliards d'euros ?

« Afin de rassurer le président de région Rhône-Alpes Jean-Jack Queyranne, François Hollande s'est fendu d'une lettre le 8 avril dernier, dans laquelle le président rappelle qu'il s'est assuré, lors des discussions du budget européen avec l'ancien président du Conseil italien Mario Monti, d'une "enveloppe suffisante" pour réaliser l'interconnexion entre Lyon et Turin (Italie). »

Extrait de FranceBTP

europesauveEELV, le Parti de gauche et des élus UMP s’inquiètent

Côté PS, on demeure inflexible. « Il serait incompréhensible que la France renonce au Lyon-Turin pour lequel 800 millions d’euros ont déjà été mobilisés », peste Jean-Jacques Queyranne, le président (PS) de la région Rhône-Alpes.

Autant donc dépenser les 10,2 milliards d’euros qui restent. Plusieurs élus et partis politiques commencent cependant à sérieusement s’inquiéter. Les écologistes de la région Rhône-Alpes, d’abord favorables au projet, font volte-face. « Les infrastructures nouvelles sont prédatrices d’espace, d’énergie et de deniers publics, déclare Europe Écologie dans un communiqué, elles doivent être proportionnées aux besoins présents et raisonnablement estimables à l’avenir. » Le Parti de Gauche demande un moratoire sur le projet. Le député UMP de Savoie Dominique Dord, maire d’Aix-les-Bains, se demande aujourd’hui s’il n’y pas eu « abus de conscience ». Il demande à RFF de se prononcer sur les hypothèses d’augmentation du trafic de marchandises. « S’il n’y a pas d’augmentation, voir même une légère baisse, je considérerai que j’ai été abusé par les experts ».

Un projet « très ambitieux », « un pilotage insuffisant », des coûts prévisionnels « en forte augmentation », des prévisions de trafic « revues à la baisse », une « faible rentabilité socioéconomique », un financement « non défini » : autant de réserves émises par la Cour des comptes et appuyées par le travail de fond mené par les membres de No Tav. Si le projet n’a fait jusqu’ici l’objet d’aucun débat public, François Hollande devra néanmoins passer par le Parlement pour ratifier l’accord signé entre Mario Monti et Nicolas Sarkozy en janvier 2012. Pour l’italien Paolo Prieri, « le problème qui est posé n’est pas seulement celui d’une ligne à grande vitesse mais d’un grand projet d’inutilité publique ».